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vendredi 7 octobre 2011

La leçon des récits de vie

Rares sont les auteurs qui peuvent raconter leurs histoires personnelles en offrant au lecteur une leçon sur un monde qu’il ignore. Leur lecture n’en est que plus précieuse !

Certes, la douleur qui bouleverse tant de récits de guerres ou de révoltes sociales est bien le résultat des incompréhensions entre les cultures, L’émotion ressentie devant les catastrophes est justifiée, mais elle voile quand même la réalité de la rencontre entre deux civilisations. Elle oblitère les analogies qui se trouvent sur des continents différents. Elle risque le mépris mais compromet la nécessaire collaboration.

Il faudrait comprendre l’autre mais les chances et les peines de la juxtaposition des cultures ne sont pas le lot de tous les habitants de l’Hexagone, comment le descendant de Vercingétorix va-t-il comprendre l’immigré ? saisir les ressemblances plutôt que les oppositions, sinon en feuilletant les frais souvenirs de l’enfance ?

 Est-ce vrai qu’il n’est pas comme moi ?

 Les modes vestimentaires ou musicales précèdent souvent les réconciliations entre les peuples. La Conquête de l’Ouest américain et les chevauchées des cow-boys s’étalaient encore sur nos écrans quand le jazz réjouissait déjà les mélomanes de Paris comme ceux de la Nouvelle Orléans. Pendant les Croisades, la poésie et la musique de l’Espagne musulmane civilisaient les rudes chevaliers français en développant la courtoisie. Le célèbre fils de la reine Aliénor d’Aquitaine porte un nom propre composé : Richard Cœur de lion, le prince a disparu mais il garde pour toujours son titre « interculturel ». 

A force de porter des parures ou des habits d’ailleurs,  à force de danse sur des rythmes étrangers, ne peut-on espérer que battent des cœurs réconciliés sous l’étoffe des parkas nordiques et des jellabas ensoleillées qui réchauffent jeunes et moins jeunes. ?


CIFRI

mercredi 26 janvier 2011

L’importance du regard

Dans nos campagnes, des saisonniers rompent la connivence des traditions provinciales par un langage et des usages différents ; que dire alors de nos Cités qui rassemblent le monde entier dans les murs des H.L.M. ? Souvent, chacun des résidents, et pas seulement les Français, déplore l’éclatement du confort de « l’entre soi ». Cette situation, irréversible maintenant, n’est-elle que négative ? N’y a-t-il que des dissemblances entre nous ? Comment discerner les hances qu’elles portent ?
Une anecdote tirera d’un jeune Français,  Sénégalais d’origine, un conseil avisé :Une conteuse développa le conte de Riquet à la Houppe rapporté par  Perrault en 1644 et, dès la fin de la descriptions des noces entre la princesse et l’homme qui avait traversé la terre pour la voir, un adolescent noir remarqua : « Chez nous, le marié ne sort pas de la terre, il traverse la mer en bateau, mais c’est le même problème, il vient de loin et ensuite elle quitte son pays à elle pour l’épouser. » Il continua : «  Est-ce qu’elle le trouve beau parce qu’elle est devenue assez intelligente pour se rendre compte qu’il est beau même si il n’est pas comme elle, ou bien est-il vraiment devenu beau à force d’aimer la princesse ? » et le garçon immigré de conclure « Cette histoire c’est la nôtre, maintenant. »

CIFRI
Cf.   Vasconcelos  « Mon bel oranger »  s’achète seulement  sur Internet

mercredi 24 novembre 2010

Le même chant d’amour

Est-ce copie ou invention d’une même proclamation de l’expérience humaine ? Les savants s’entendent à décrire des filiations possibles entre les mythes Babyloniens, et leurs cultes d’où viendrait l’interprétation hébraïque du Cantique des cantiques au VII° s. bc , ou bien le roman arabe du X°s. «Majnùn, le fou de Layla », toujours réédité, qui aurait inspiré l’Amour courtois et les romans de Chrétien de Troyes au XII°s.

Shakespeare nous donne peut-être la réponse à ces hypothèses quand cet Anglais du XVI° siècle place en Italie le drame de l’amour impossible de « Romeo et Juliette ». Rien d’étonnant que le musicien Léonard Bernstein et le cinéaste Robert Wise nous raconte «West Side Story » en 1961 peu avant « Le collier perdu de la colombe » de l’artiste Nacer Khemir édité en 1993.

C’est toujours la même épreuve initiatique qui est décrite car les hommes sont plus proches que différents. Toucher au cœur de leur expérience rend l’œuvre admirable par tous, comme le Taj Mahal Indien qui attire des touristes venu de tous les continents.

CIFRI

mercredi 17 novembre 2010

Le temps ou les temps

« Il perd son temps ! » s’irrite l’Européen qui scrute l’horizon sans y discerner la silhouette basanée qu’il attend. Mais le même homme écoute « les nouvelles du temps » à la radio, lui aussi explique «n’avoir pas le temps» de faire ceci ou cela, et tout le monde comprend ces énoncés qui ne dépendent pourtant pas du cadran qui orne son poignet. Les conventions de la langue couvrent les diverses significations du même mot.

Comment s’étonner que celui-ci recouvre des situations liées au climat, « Il fait mauvais ou beau temps » au genre du travail requis, Quel paysan ne « prendrait pas le temps » de saluer le passant ? Alors qu’on informe la famille de la gravité d’une opération en lui indiquant le temps qu’elle a duré. Il arrive aussi que le temps de la prière s’accomplisse dans une durée qui frôle l’éternité de Celui qui est invoqué.

Selon l’importance que prend le sacré dans la conception de l’existence, le « temps » change de sens, il est mesure des rencontres extérieures au cadran de la montre, ou de l’efficacité matérielle mesurée par l’horloge, ou bien transcendé par l’éternité. Quoi d’étonnant que sa perception soit liée à la civilisation de chacun ?

CIFRI

mercredi 27 octobre 2010

Le temps ou les temps

« Il perd son temps ! » s’irrite l’Européen qui scrute l’horizon sans y discerner la silhouette basanée qu’il attend. Mais le même homme écoute « les nouvelles du temps » à la radio, lui aussi explique «n’avoir pas le temps» de faire ceci ou cela, et tout le monde comprend ces énoncés qui ne dépendent pourtant pas du cadran qui orne son poignet. Les conventions de la langue couvrent les diverses significations du même mot.

Comment s’étonner que celui-ci recouvre des situations liées au climat, « Il fait mauvais ou beau temps » au genre du travail requis, Quel paysan ne « prendrait pas le temps » de saluer le passant ? Alors qu’on informe la famille de la gravité d’une opération en lui indiquant le temps qu’elle a duré. Il arrive aussi que le temps de la prière s’accomplisse dans une durée qui frôle l’éternité de Celui qui est invoqué.

Selon l’importance que prend le sacré dans la conception de l’existence, le « temps » change de sens, il est mesure des rencontres extérieures au cadran de la montre, ou de l’efficacité matérielle mesurée par l’horloge, ou bien transcendé par l’éternité. Quoi d’étonnant que sa perception soit liée à la civilisation de chacun ?
 
CIFRI

vendredi 25 juin 2010

De quoi on parle ?

On me dit : « Fais attention, Tu n’écoutes pas »
Et c’était déjà pareil à l’école,
Là-bas, j’avais de mauvaises notes,
Ici, je n’obtiens pas ce que je demande.

C’est à cause des mots qui ne me disent rien
L’administration, c’est compliqué
On ne comprend pas les mots des imprimés,
Souvent même ceux des guichetiers
Les mots résument des images
Je les vois bien, seulement
Ce ne sont pas les mêmes
Pour moi et pour celui qui me parle.

Entre lui et moi, il y a un écart
L’étendue de la Méditerranée.
Voisins depuis si longtemps,
N’aurions-nous pas dans nos tiroirs
Des souvenirs semblables ?

CIFRI

mardi 11 mai 2010

Qu’est-ce qu’on va faire de toi ?

Michel Drucker a raconté son parcours original dans un livre savoureux qui braque le projecteur sur une réalité souvent oubliée. Il n’avait aucune raison de rater complètement sa scolarité : milieu privilégié, famille aimante, soutien fraternel et, à la fin, pas de baccalauréat envisageable… Pourtant, aujourd’hui, c’est son patronyme qui rend notoire sa famille. Il rend compte de ce paradoxe en évoquant ses ancêtres, intelligents, travailleurs, mais parmi eux, quelqu’un devait jouer du « violon sur le toît » au sein du chtettel ! Dépositaire inconscient de cette spécialité originelle, le petit garçon ne pouvait réussir autre chose que faire fructifier l’héritage inscrit dans ses gènes.

Les artistes contemporains ont largement puisé dans le patrimoine international pour moderniser la peinture, la sculpture, la musique, et même la mode. Que serait actuellement le rayonnement de la culture européenne sans cet apport ? Celui dont on ne sait que faire, faut-il l’exclure ou bien l’écouter comme fit le patron de ce gamin analphabète et insupportable devenu maroquinier comme ses aïeuls marocains. Le cordonnier vend maintenant des portefeuilles et des objets de luxe.

CIFRI

Cf. Michel Drucker « Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? »

lundi 5 avril 2010

Echo de la voix des anciens

Les tomates, les haricots, les groseilliers ne peuvent se passer d’un tuteur pour mûrir. Les enfants leur ressemblent et nous pensons tout de suite aux parents et à l’école. Malheureusement, bien des familles sont mal en point et le professeur ne peut être à la fois le père absent, la mère débordée, le repas commun déserté et assurer en même temps l’enseignement dont il est chargé.. Chacun récriminant contre la défaillance de l’autre parti, on se presse d’en appeler aux traitements médico psychologues. Mais que peut faire le meilleur horticulteur sans terre autour du planton ?

La plupart des peuples ont proposé des alternatives à l’action des parents proprement dits, c’est la parenté, le voisinage immédiat qui soulageait la charge trop lourde des géniteurs. Dans les modernes quartiers de nos villes, ce recours s’efface souvent à cause de la dispersion des familles, et on cherche à proposer des activités attrayantes pour occuper une jeunesse en danger, or ces dépenses s’avèrent décevantes. Sachant bien que l’engrais ne suffit pas à fortifier le planton, nos ancêtres prenaient soin de nourrir le terreau de la communauté urbaine par un lieu symbolique accessible à tous et toujours régulièrement animé par des rites festifs. Qu’on l’appelle salle des fêtes, Case à palabres ou autrement, il s’agit toujours d’une humus protecteur…

Au nouveau venu qui entre, des jurons pleins la bouche, l’immigré objecte : « Arrête, tu abîmes les murs de notre maison » et l’adolescent poursuit « Parce que les murs de la maison c’est nous » Quel aïeul français a donc chanté les murs de « Dame Tartine » qui étaient bâtis avec les douceurs du goûter offert après la classe ?

CIFRI

Pour aller plus loin : oeuvres de Jean Marie Petitclerc

lundi 29 mars 2010

L’image du miroir

Quand je me regarde dans la glace
Je feuillette un album de photos,
Le temps a copié-collé sur mon visage
Toutes les figures du passé,

Je feuillette un album de souvenirs,
De qui est-ce que je tiens les cheveux,
La forme du nez et des sourcils,
La couleur des yeux et de la peau ?

Mais comment les reconnaître,
Pour découvrir qui je suis.
Il faudrait se rappeler l’histoire
Et les histoires d’amour et de guerre

Qui se ressemblent dans tant de pays
Chaque trait de mon visage
Vient de parents qui se sont aimés
L’amour a partout la même couleur

Me voilà dépositaire d’un immense héritage
Maillon incontournable de la chaîne humaine
Qui confie à chacun le dessin de la Vie
Qui l’embellit de la grâce de son hérédité.

CIFRI

Cf. M. J. Coloni De leurs terres au béton Ed Georg, Genève.