«Attends, je vais te montrer…» La souplesse de la main n’est pas qu’habileté, maîtrise du corps, elle est d’abord imitation, élaboration d’une précieuse relation entre le modèle et celui à qui il transmet son expérience, et celle-ci est riche de tous les savoirs qui l’ont précédée.
Quand des jeunes de cultures différentes jouent ensemble ils font vibrer les cordes qui les relient à leurs ancêtres et c’est l’occasion d’une nouvelle harmonie. Au fil du temps les Jeux dits olympiques s’enrichissent de nouvelles disciplines, mais c’est tous les jours que les banlieues pourraient pavoiser de nouvelles correspondances entre les civilisations, et celles-ci sont porteuses d’espérance pour le monde à venir.
En effet, Les matériaux changent mais les formes demeurent puisqu’elles proviennent de l’observation du corps humain et de l’immuable nature. A la fin, e symbolisme du cercle ou du carré unit les mains qu’elles soient noires ou blanches, jeunes ou vieilles.
CIFRI
Cf. Camara Laye « L’enfant noir » 1953
mardi 20 juillet 2010
vendredi 16 juillet 2010
Le pays de tous
C’est l’histoire d’un pays sans toit ni voix, Un drôle de pays avec des§maisons empilées
Des maisons décapitées de leurs faîtages
Des maisons qui ont perdu leur terre,
Des tours qui n’ont plus de tête,
Plus de demeures, rien que des logements !
C’est le pays du silence
Que traversent seulement des cris,
car sans « toi » il n’y a plus de voix,
Autant dire qu’il n’y a plus de loi,
Sans toit, sans voix, sans « toi » ni loi,
Il n’y a plus que « les autres »
Et ils font peur.
Pourtant les tours sont des sémaphores.
Si hautes qu’on les voit de très loin,
Elles apportent les odeurs de tous les pays,
Des mangues, des merguez, des kiwis.
Ces tours sont comme des grands arbres
Chargés d’enfants en guise d’oiseaux.
N’ayant encore rien à défendre,
Les jeunes sont libres d’observer.
Pourvu qu’ils trouvent une sécurité,
Ils voient dans « les autres » « quelqu’un ».
Car le quartier est le pays de tous
A condition d’en être responsables.
Alors, les tours vont devenir des mâts,
En se gonflant, leurs voiles éclaireront
Les murs ternes de toutes les couleurs,
On entendra le vent chanter :
« Celui qui pointe n’est pas un étranger,
C’est ton frère qui vient parler de toi. »
CIFRI
Pour aller plus loin: Amin Maalouf Les échelles du Levant Grasset 1996
Des maisons décapitées de leurs faîtages
Des maisons qui ont perdu leur terre,
Des tours qui n’ont plus de tête,
Plus de demeures, rien que des logements !
C’est le pays du silence
Que traversent seulement des cris,
car sans « toi » il n’y a plus de voix,
Autant dire qu’il n’y a plus de loi,
Sans toit, sans voix, sans « toi » ni loi,
Il n’y a plus que « les autres »
Et ils font peur.
Pourtant les tours sont des sémaphores.
Si hautes qu’on les voit de très loin,
Elles apportent les odeurs de tous les pays,
Des mangues, des merguez, des kiwis.
Ces tours sont comme des grands arbres
Chargés d’enfants en guise d’oiseaux.
N’ayant encore rien à défendre,
Les jeunes sont libres d’observer.
Pourvu qu’ils trouvent une sécurité,
Ils voient dans « les autres » « quelqu’un ».
Car le quartier est le pays de tous
A condition d’en être responsables.
Alors, les tours vont devenir des mâts,
En se gonflant, leurs voiles éclaireront
Les murs ternes de toutes les couleurs,
On entendra le vent chanter :
« Celui qui pointe n’est pas un étranger,
C’est ton frère qui vient parler de toi. »
CIFRI
Pour aller plus loin: Amin Maalouf Les échelles du Levant Grasset 1996
mardi 6 juillet 2010
Jeux de société
Pourquoi ne reproche-t-on jamais « Tu triches » à l’élève qui fait une faute de grammaire alors qu’on n’excuse pas l’altération de la règle du jeu ? Il s’agit pourtant bien de transgression de conventions qui ne sont pas inaltérables, d’ailleurs elles se modifient au cours des siècles…Seulement, l’orthographe s’apprend en classe tandis que Jungle speed est un jeu, seulement on doit aller à l’école tandis qu’on choisit son jeu. Mais peut-on parler à quelqu’un sans référence commune au même langage ? Peut-on jouer en société sans règle du jeu ? A la note compromise par les fautes d’orthographe ne correspond que l’humeur suscitée par le comportement du tricheur. Son éducation se fera sans doute plus profondément par les griefs de ses copains que par l’échec de son devoir, L’enfant qui se livre au jeu ne fait-il que se distraire ou bien apprend-il à vivre ?
Les Grecs privilégiaient l’humanisme quand ils inventaient les Olympiades et les cirques Romains ne gardaient que le nom des Jeux mais vidaient leur portée pédagogique en les réduisant à des rapports de force.
CIFRI
Cf. Œuvres de Mme Montessori
Les Grecs privilégiaient l’humanisme quand ils inventaient les Olympiades et les cirques Romains ne gardaient que le nom des Jeux mais vidaient leur portée pédagogique en les réduisant à des rapports de force.
CIFRI
Cf. Œuvres de Mme Montessori
mercredi 30 juin 2010
« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? »
La remarque de Lamartine éclaire le brouillard dans lequel les Cités cherchent un chemin. Pour donner un poids concret au passé, une conteuse s’était munie d’objets concrets pour narrer l’aventure de Cendrillon : un éventail qui date du dix-huitième siècle et un collier grec, copie de celui que portait la reine d’Argolide 800 ans avant notre ère. Etonnés par la forme inusitée des perles dorées, les jeunes semblaient touchés que la vieille reine ait pu déjà connaître l’histoire de la jeune fille méprisée qui épouse un prince : « Il y a donc toujours eu quelqu’un pour rapporter ce conte à des descendants des poètes grecs. Et la transmission ne s’est pas arrêtée… » Le temps qui court de siècle en siècle et de pays en pays prenait un bel habit doré pendant que les jeunes se passaient le collier de mains en mains.
Ce fut encore autre chose quand l’éventail fermé tint lieu de baguette magique avant de se déplier pour montrer d’un côté le château du prince et de l’autre les parures des belles dames invitées ! Ce qui saisit l’attention de cette jeunesse c’était la monture d’ivoire incrustée de minuscules feuilles d’argent : « On dirait qu’il vient de chez nous » s’exclama un adolescent d’origine algérienne. La réponse « C’est qu’il est catalan, donc méditerranéen. C’est un cadeau que m’a fait ma grand’mère qui l’avait reçu elle-même de sa propre grand’mère » laissa le groupe songeur. « C’est vraiment à toi ? Nous, on n’a plus des vieilles choses comme cela dans nos maisons, parce que tout est resté au pays quand les parents sont venus. C’est dommage ! On se souviendrait mieux. »
Peut-être, en effet, que la sagesse des millénaires passés formerait plus profondément les esprits si la durée de la réflexion humaine pouvait s’éprouver avec les doigts.
Peut-être le rapprochement entre les civilisations serait-il plus envisageable si les objets familiers présentaient plus souvent leur origine biculturelle. Les visites dans les musées qui exposent des objets d’outre-mer sont d’autant plus intéressantes qu’elles sont doublées de découvertes analogues au Louvre ou à la Villette, qu’il s’agisse de parures, de tissus ou d’outils.
CIFRI
Cf. Les contes de ma mère l’oie, Charles Perrault
Ce fut encore autre chose quand l’éventail fermé tint lieu de baguette magique avant de se déplier pour montrer d’un côté le château du prince et de l’autre les parures des belles dames invitées ! Ce qui saisit l’attention de cette jeunesse c’était la monture d’ivoire incrustée de minuscules feuilles d’argent : « On dirait qu’il vient de chez nous » s’exclama un adolescent d’origine algérienne. La réponse « C’est qu’il est catalan, donc méditerranéen. C’est un cadeau que m’a fait ma grand’mère qui l’avait reçu elle-même de sa propre grand’mère » laissa le groupe songeur. « C’est vraiment à toi ? Nous, on n’a plus des vieilles choses comme cela dans nos maisons, parce que tout est resté au pays quand les parents sont venus. C’est dommage ! On se souviendrait mieux. »
Peut-être, en effet, que la sagesse des millénaires passés formerait plus profondément les esprits si la durée de la réflexion humaine pouvait s’éprouver avec les doigts.
Peut-être le rapprochement entre les civilisations serait-il plus envisageable si les objets familiers présentaient plus souvent leur origine biculturelle. Les visites dans les musées qui exposent des objets d’outre-mer sont d’autant plus intéressantes qu’elles sont doublées de découvertes analogues au Louvre ou à la Villette, qu’il s’agisse de parures, de tissus ou d’outils.
CIFRI
Cf. Les contes de ma mère l’oie, Charles Perrault
vendredi 25 juin 2010
De quoi on parle ?
On me dit : « Fais attention, Tu n’écoutes pas »
Et c’était déjà pareil à l’école,
Là-bas, j’avais de mauvaises notes,
Ici, je n’obtiens pas ce que je demande.
C’est à cause des mots qui ne me disent rien
L’administration, c’est compliqué
On ne comprend pas les mots des imprimés,
Souvent même ceux des guichetiers
Les mots résument des images
Je les vois bien, seulement
Ce ne sont pas les mêmes
Pour moi et pour celui qui me parle.
Entre lui et moi, il y a un écart
L’étendue de la Méditerranée.
Voisins depuis si longtemps,
N’aurions-nous pas dans nos tiroirs
Des souvenirs semblables ?
CIFRI
Et c’était déjà pareil à l’école,
Là-bas, j’avais de mauvaises notes,
Ici, je n’obtiens pas ce que je demande.
C’est à cause des mots qui ne me disent rien
L’administration, c’est compliqué
On ne comprend pas les mots des imprimés,
Souvent même ceux des guichetiers
Les mots résument des images
Je les vois bien, seulement
Ce ne sont pas les mêmes
Pour moi et pour celui qui me parle.
Entre lui et moi, il y a un écart
L’étendue de la Méditerranée.
Voisins depuis si longtemps,
N’aurions-nous pas dans nos tiroirs
Des souvenirs semblables ?
CIFRI
vendredi 11 juin 2010
Identité ou autodestruction ?
Les plantes grimpantes se cherchent un appui pour grandir, s’il leur convient elles fleurissent facilement, mais allez donc faire pousser un poirier contre une barrière métallique ! Si la famille est défaillante, si l’immeuble est plus hostile que tolérant, le professeur sera démuni face à l’enfant privé de terreau où planter ses racines. Il manquera une marche à l’escalier social tant que le petit homme n’aura pas fait l’expérience d’une communauté dans laquelle il se reconnaisse.
Or, le jeune d’aujourd’hui est pris dans la mondialisation dès son berceau qui vient d’Asie, dès sa purée achetée dans une grande surface multinationale, dès ses rencontres dans sa Cité multiculturelle. S’il réduit sa communauté à l’ascendance de sa famille, il se trompe dangereusement, parce que ce leurre l’isolera plus qu’il ne le soutiendra.
Le jeune villageois que la maladie écartait de la maison maternelle trouvait abri dans la parentèle qui prolongeait le home momentanément clos. Si on n’offre pas au jeune « des Quartiers » une collectivité pluriculturelle assez petite pour qu’il puisse en toucher les murs, il ne pourra pas s’enraciner, il cherchera toujours qui il est au risque de ne trouver un miroir adapté que derrière les murs d’une prison.
CIFRI
Cf. Amine Maalouf « Les identités meurtrières » Grasset 1998
Or, le jeune d’aujourd’hui est pris dans la mondialisation dès son berceau qui vient d’Asie, dès sa purée achetée dans une grande surface multinationale, dès ses rencontres dans sa Cité multiculturelle. S’il réduit sa communauté à l’ascendance de sa famille, il se trompe dangereusement, parce que ce leurre l’isolera plus qu’il ne le soutiendra.
Le jeune villageois que la maladie écartait de la maison maternelle trouvait abri dans la parentèle qui prolongeait le home momentanément clos. Si on n’offre pas au jeune « des Quartiers » une collectivité pluriculturelle assez petite pour qu’il puisse en toucher les murs, il ne pourra pas s’enraciner, il cherchera toujours qui il est au risque de ne trouver un miroir adapté que derrière les murs d’une prison.
CIFRI
Cf. Amine Maalouf « Les identités meurtrières » Grasset 1998
mardi 1 juin 2010
Complainte des enfants des banlieues
Moi je suis seul en les attendant
Où sont papa et maman ?
Au travail, loin de chez nous, pour payer le loyer,
et moi je suis seul en les attendant.
Chacun de leur côté, ils se sont séparés
parce qu’ils ne s’entendaient plus,
et moi je suis seul, en les attendant.
Où sont mes grands parents ?
Au pays d’où viennent mes parents,
ils sont trop loin pour nous aider.
et moi je suis seul en les attendant.
A la campagne, loin de la ville,
ici les loyers sont trop chers .
Au travail, pour gagner de quoi vivre.
et moi je suis seul en les attendant
CIFRI
Cf. Laurent Ott. L’enfant seul Dunod
Où sont papa et maman ?
Au travail, loin de chez nous, pour payer le loyer,
et moi je suis seul en les attendant.
Chacun de leur côté, ils se sont séparés
parce qu’ils ne s’entendaient plus,
et moi je suis seul, en les attendant.
Où sont mes grands parents ?
Au pays d’où viennent mes parents,
ils sont trop loin pour nous aider.
et moi je suis seul en les attendant.
A la campagne, loin de la ville,
ici les loyers sont trop chers .
Au travail, pour gagner de quoi vivre.
et moi je suis seul en les attendant
CIFRI
Cf. Laurent Ott. L’enfant seul Dunod
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