Les proverbes populaires qui tiennent lieu de longues digressions pour ceux qui maîtrisent mal le langage figurent parfois dans les guides touristiques comme une plaisanterie, et pourtant quelle efficacité sociale possèdent ces raccourcis! Ils renvoient les interlocuteurs au partage d’une sagesse commune, vestige de la maison des palabres africaine ou de la zaouïa musulmane si cet espace a disparu de nos quartiers surpeuplés. Il était pourtant précieux ce lieu de confrontation qui changeait le rapport de force en dialogue nécessaire pour que deux êtres libres s’aident à grandir plutôt que de s’abaisser à une diatribe qui humilie souvent le soi-disant vainqueur plus que celui qui est faussement soumis.
Au local, on a évité de justesse une bataille au couteau et les objets susceptibles de servir à des agressions ont été immédiatement évacués « Si tu nous a punis, comme cela, sans qu’on parle, c’est que tu as eu peur...protestait vivement un gamin Malien, c’est idiot de croire que cela suffit, on peut toujours faire pire, tandis que si tu avais parlé, on aurait renoncé à ces bêtises. »
Où est donc la case à palabre qui manque dans nos Cités ? Il en reste heureusement des témoins, venus des pays du soleil, qui obligent les Français à se rappeler les salles monastiques réservées à « se parler » entre hommes libres.
CIFRI
Cf. Louis Gardet La Cité musulmane , Vrin 2003
vendredi 1 octobre 2010
mardi 14 septembre 2010
Le balancement de la mémoire orale
" Arrête de te balancer d’un pied sur l’autre en récitant ta leçon » exige l’adulte, et l’enfant de regretter : « Alors, je ne la sais plus ».
L’anthropologue Marcel Jousse a démontré qu’on ne peut s’approprier la connaissance sans l’intériorisation du mouvement qu’il soit, au début, dansé ou mimé Cet enracinement dans le corps rend la mémoire orale aussi ineffaçable que celle de l’ordinateur ! Sans cette participation du corps à l’acte de l’intelligence, l’esprit ne peut se l’approprier définitivement.
Les peuples anciens ont maîtrisé des formes différentes d’apprentissage des connaissances qui se transmettent depuis le berceau et qui éduquent non seulement une civilité très codifiée mais un rapport très fin au temps et à l’espace. On se balance d’avant en arrière ou de droite à gauche. Et c’est toujours à cette référence essentielle de l’emplacement de l’auditeur que les guides modernes situent les lieux : « A votre gauche, à votre droite… »
Ce lien entre le corps et l’esprit est incontournable : Le théâtre a commencé bien avant l’école : qu’ils soient Grecs ou Japonais ou Bantous, tous les hommes lui ont confié l’éducation des peuples parce que ce procédé universel délègue à l’acteur le mouvement intérieur de chaque spectateur. La mémoire des scènes est souvent qualifiée d’émouvante, au sens précis du terme car elle met en mouvement celui qui les revoit plus tard, mise indéfiniment à sa disposition. C’est parce qu’il s’est intériorisé que le mouvement a gardé sa puissance.
CIFRI
CF. Marcel Jousse « L’anthropologie du Geste », Gallimard, 2008
L’anthropologue Marcel Jousse a démontré qu’on ne peut s’approprier la connaissance sans l’intériorisation du mouvement qu’il soit, au début, dansé ou mimé Cet enracinement dans le corps rend la mémoire orale aussi ineffaçable que celle de l’ordinateur ! Sans cette participation du corps à l’acte de l’intelligence, l’esprit ne peut se l’approprier définitivement.
Les peuples anciens ont maîtrisé des formes différentes d’apprentissage des connaissances qui se transmettent depuis le berceau et qui éduquent non seulement une civilité très codifiée mais un rapport très fin au temps et à l’espace. On se balance d’avant en arrière ou de droite à gauche. Et c’est toujours à cette référence essentielle de l’emplacement de l’auditeur que les guides modernes situent les lieux : « A votre gauche, à votre droite… »
Ce lien entre le corps et l’esprit est incontournable : Le théâtre a commencé bien avant l’école : qu’ils soient Grecs ou Japonais ou Bantous, tous les hommes lui ont confié l’éducation des peuples parce que ce procédé universel délègue à l’acteur le mouvement intérieur de chaque spectateur. La mémoire des scènes est souvent qualifiée d’émouvante, au sens précis du terme car elle met en mouvement celui qui les revoit plus tard, mise indéfiniment à sa disposition. C’est parce qu’il s’est intériorisé que le mouvement a gardé sa puissance.
CIFRI
CF. Marcel Jousse « L’anthropologie du Geste », Gallimard, 2008
lundi 30 août 2010
« La mode, c’est ce qui se démode »
Ils tiennent tellement à leur capuche ou leur casquette, qu’ils ne veulent pas les quitter même en pénétrant dans le Foyer. Ils se regimbent si on remarque « On se découvre quand on entre dans une maison. » mais ils acquiescent si on déplore « Dommage que tes copains ne puissent pas te voir ! » Cette observation est d’autant plus efficace que les dits copains sont assez à l’aise dans la maison pour y déposer capuche et casquette. Il s’agit donc de quitter une imitation pour une autre, mais celle-ci plus adaptée à la situation.
La reine Béatrix de Hollande remarqua joliment : « La mode, c’est ce qui se démode » en revendiquant la libre adaptation des vêtements à chaque personne plutôt que la conformité des robes à un rêve collectif.
Sous l’inquiétude des jeunes à propos du regard de leur entourage, sourd leur manque de confiance en eux et cette appréhension s’augmente de toutes les mises en garde qu’on peut leur adresser. Valoriser leurs qualités personnelles en proposant des modèles valorisant mais accessibles honore les personnes même si elles ne sont pas roi ou reine. Peut-être ces jeunes seront-ils un jour assez solides pour imposer à leur goût et leur choix de vie.
CIFRI
La reine Béatrix de Hollande remarqua joliment : « La mode, c’est ce qui se démode » en revendiquant la libre adaptation des vêtements à chaque personne plutôt que la conformité des robes à un rêve collectif.
Sous l’inquiétude des jeunes à propos du regard de leur entourage, sourd leur manque de confiance en eux et cette appréhension s’augmente de toutes les mises en garde qu’on peut leur adresser. Valoriser leurs qualités personnelles en proposant des modèles valorisant mais accessibles honore les personnes même si elles ne sont pas roi ou reine. Peut-être ces jeunes seront-ils un jour assez solides pour imposer à leur goût et leur choix de vie.
CIFRI
lundi 9 août 2010
Complainte des parents des banlieues
Comment faire quand on est parent ?
C’est écrasant de devoir tout faire,
travailler, ranger, garder les enfants,
la famille est trop éloignée pour aider,
ses conseils ne sont pas adaptés.
A qui parler quand on est ennuyé ?
Les voisins sont trop occupés,
ils ne parlent pas bien ma langue.
A l’école, les maîtres vont se plaindre,
Je me sens même étranger
Quand je sors de ma Cité.
Les jeunes connaissent trop de choses,
des choses que nous ne savons pas.
Ils ne veulent pas nous entendre,
Nous même, on ne les comprend plus.
Comment les punir
si on n’a pas le droit de les battre ?
A quoi préparer nos enfants ?
Ils disent « On sera chômeurs comme toi ! »
Comment habiller nos filles
pour qu’elles ressemblent à la fois
à leurs mères et à leurs camarades ?
CIFRI
Cf. M. J.Coloni Enfants déracinés Ed Ouverture Lausanne
C’est écrasant de devoir tout faire,
travailler, ranger, garder les enfants,
la famille est trop éloignée pour aider,
ses conseils ne sont pas adaptés.
A qui parler quand on est ennuyé ?
Les voisins sont trop occupés,
ils ne parlent pas bien ma langue.
A l’école, les maîtres vont se plaindre,
Je me sens même étranger
Quand je sors de ma Cité.
Les jeunes connaissent trop de choses,
des choses que nous ne savons pas.
Ils ne veulent pas nous entendre,
Nous même, on ne les comprend plus.
Comment les punir
si on n’a pas le droit de les battre ?
A quoi préparer nos enfants ?
Ils disent « On sera chômeurs comme toi ! »
Comment habiller nos filles
pour qu’elles ressemblent à la fois
à leurs mères et à leurs camarades ?
CIFRI
Cf. M. J.Coloni Enfants déracinés Ed Ouverture Lausanne
mardi 20 juillet 2010
Jeux d’adresse
«Attends, je vais te montrer…» La souplesse de la main n’est pas qu’habileté, maîtrise du corps, elle est d’abord imitation, élaboration d’une précieuse relation entre le modèle et celui à qui il transmet son expérience, et celle-ci est riche de tous les savoirs qui l’ont précédée.
Quand des jeunes de cultures différentes jouent ensemble ils font vibrer les cordes qui les relient à leurs ancêtres et c’est l’occasion d’une nouvelle harmonie. Au fil du temps les Jeux dits olympiques s’enrichissent de nouvelles disciplines, mais c’est tous les jours que les banlieues pourraient pavoiser de nouvelles correspondances entre les civilisations, et celles-ci sont porteuses d’espérance pour le monde à venir.
En effet, Les matériaux changent mais les formes demeurent puisqu’elles proviennent de l’observation du corps humain et de l’immuable nature. A la fin, e symbolisme du cercle ou du carré unit les mains qu’elles soient noires ou blanches, jeunes ou vieilles.
CIFRI
Cf. Camara Laye « L’enfant noir » 1953
Quand des jeunes de cultures différentes jouent ensemble ils font vibrer les cordes qui les relient à leurs ancêtres et c’est l’occasion d’une nouvelle harmonie. Au fil du temps les Jeux dits olympiques s’enrichissent de nouvelles disciplines, mais c’est tous les jours que les banlieues pourraient pavoiser de nouvelles correspondances entre les civilisations, et celles-ci sont porteuses d’espérance pour le monde à venir.
En effet, Les matériaux changent mais les formes demeurent puisqu’elles proviennent de l’observation du corps humain et de l’immuable nature. A la fin, e symbolisme du cercle ou du carré unit les mains qu’elles soient noires ou blanches, jeunes ou vieilles.
CIFRI
Cf. Camara Laye « L’enfant noir » 1953
vendredi 16 juillet 2010
Le pays de tous
C’est l’histoire d’un pays sans toit ni voix, Un drôle de pays avec des§maisons empilées
Des maisons décapitées de leurs faîtages
Des maisons qui ont perdu leur terre,
Des tours qui n’ont plus de tête,
Plus de demeures, rien que des logements !
C’est le pays du silence
Que traversent seulement des cris,
car sans « toi » il n’y a plus de voix,
Autant dire qu’il n’y a plus de loi,
Sans toit, sans voix, sans « toi » ni loi,
Il n’y a plus que « les autres »
Et ils font peur.
Pourtant les tours sont des sémaphores.
Si hautes qu’on les voit de très loin,
Elles apportent les odeurs de tous les pays,
Des mangues, des merguez, des kiwis.
Ces tours sont comme des grands arbres
Chargés d’enfants en guise d’oiseaux.
N’ayant encore rien à défendre,
Les jeunes sont libres d’observer.
Pourvu qu’ils trouvent une sécurité,
Ils voient dans « les autres » « quelqu’un ».
Car le quartier est le pays de tous
A condition d’en être responsables.
Alors, les tours vont devenir des mâts,
En se gonflant, leurs voiles éclaireront
Les murs ternes de toutes les couleurs,
On entendra le vent chanter :
« Celui qui pointe n’est pas un étranger,
C’est ton frère qui vient parler de toi. »
CIFRI
Pour aller plus loin: Amin Maalouf Les échelles du Levant Grasset 1996
Des maisons décapitées de leurs faîtages
Des maisons qui ont perdu leur terre,
Des tours qui n’ont plus de tête,
Plus de demeures, rien que des logements !
C’est le pays du silence
Que traversent seulement des cris,
car sans « toi » il n’y a plus de voix,
Autant dire qu’il n’y a plus de loi,
Sans toit, sans voix, sans « toi » ni loi,
Il n’y a plus que « les autres »
Et ils font peur.
Pourtant les tours sont des sémaphores.
Si hautes qu’on les voit de très loin,
Elles apportent les odeurs de tous les pays,
Des mangues, des merguez, des kiwis.
Ces tours sont comme des grands arbres
Chargés d’enfants en guise d’oiseaux.
N’ayant encore rien à défendre,
Les jeunes sont libres d’observer.
Pourvu qu’ils trouvent une sécurité,
Ils voient dans « les autres » « quelqu’un ».
Car le quartier est le pays de tous
A condition d’en être responsables.
Alors, les tours vont devenir des mâts,
En se gonflant, leurs voiles éclaireront
Les murs ternes de toutes les couleurs,
On entendra le vent chanter :
« Celui qui pointe n’est pas un étranger,
C’est ton frère qui vient parler de toi. »
CIFRI
Pour aller plus loin: Amin Maalouf Les échelles du Levant Grasset 1996
mardi 6 juillet 2010
Jeux de société
Pourquoi ne reproche-t-on jamais « Tu triches » à l’élève qui fait une faute de grammaire alors qu’on n’excuse pas l’altération de la règle du jeu ? Il s’agit pourtant bien de transgression de conventions qui ne sont pas inaltérables, d’ailleurs elles se modifient au cours des siècles…Seulement, l’orthographe s’apprend en classe tandis que Jungle speed est un jeu, seulement on doit aller à l’école tandis qu’on choisit son jeu. Mais peut-on parler à quelqu’un sans référence commune au même langage ? Peut-on jouer en société sans règle du jeu ? A la note compromise par les fautes d’orthographe ne correspond que l’humeur suscitée par le comportement du tricheur. Son éducation se fera sans doute plus profondément par les griefs de ses copains que par l’échec de son devoir, L’enfant qui se livre au jeu ne fait-il que se distraire ou bien apprend-il à vivre ?
Les Grecs privilégiaient l’humanisme quand ils inventaient les Olympiades et les cirques Romains ne gardaient que le nom des Jeux mais vidaient leur portée pédagogique en les réduisant à des rapports de force.
CIFRI
Cf. Œuvres de Mme Montessori
Les Grecs privilégiaient l’humanisme quand ils inventaient les Olympiades et les cirques Romains ne gardaient que le nom des Jeux mais vidaient leur portée pédagogique en les réduisant à des rapports de force.
CIFRI
Cf. Œuvres de Mme Montessori
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